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Mercredi Décembre 13, 2017

19
2012
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 Alban de Ménonville, Al Ahram-Hebdo19-12-2012
Rabha Attaf, auteure de Place Tahrir, une révolution inachevée, redoute que l’Egypte ne s’enferme dans un clivage laïque islamique. Elle revient sur son analyse d’un an et demi de troubles politiques en se basant sur sa propre expérience.

Place Tahrir

Al-Ahram Hebdo : Quel est le but de votre livre, au moment où abondent les publications en tout genre sur la révolution en Egypte ?

Rabha Attaf : Pour moi, il était fondamental de relater la chronologie des événements, au-delà des 18 jours qui ont conduit à l’éviction de Moubarak. Ces 18 jours étaient devenus l’histoire officielle, comme si la révolution s’était terminée le 11 février 2011 ! Mais une révolution n’est pas éphémère, c’est un mouvement amené à durer dans le temps. Alors que tous les médias s’étaient focalisés sur le processus politique — la chute de Moubaraket l’organisation d’élections — il m’a semblé essentiel de mettre en exergue la question sociale, portée par ces milliers de manifestants avec leur revendication de justice. C’est ce qui les pousse encore aujourd’hui dans la rue. Derrière la revendication d’une nouvelle Constitution intégrant « les demandes de la révolution », c’est de la refonte du système qu’il s’agit, pour une société plus juste et plus démocratique.

— Votre récit regorge de détails et de témoignages personnels. On sent un point de vue interne, mais aussi externe à l’Egypte …

 — J’étais présente en Egypte tout au long des événements. Le point de vue externe est juste une mise à distance qui me permet de ponctuer mon récit d’éléments d’analyse pour permettre au lecteur de mieux comprendre les différentes réalités de la société égyptienne. Mon analyse est ensuite plus développée dans l’épilogue « A l’ombre du Sphinx ». Le calendrier mis en place par le Conseil suprême des forces armées dès le mois de mars 2011 était une tentative de ne faire qu’un simple lifting des institutions de l’Etat. Et non de mettre en place un véritable changement de régime, avec une redéfinition des pouvoirs — à commencer par le retrait de l’armée du champ politique. Le haut commandement militaire égyptien (qui a certainement tiré les leçons de la décennie sanglante qui a ravagé l’Algérie dans les années 1990) a choisi d’intégrer les islamistes au jeu politique. Mais comme je l’explique dans mon livre, les Frères musulmans égyptiens ont accepté ce « pacte du diable » et se sont fait piéger en se désolidarisant des autres forces politiques du pays. D’où l’impasse dans laquelle ils se trouvent actuellement face à la forte contestation populaire d’aujourd’hui.

— Le livre est ponctué de photos. Pourquoi ce choix de les centrer sur la foule et les manifestants ?

— J’ai construit mon récit comme un story-telling. Je crois que cette forme de récit documentaire rend au mieux les événements qui se sont déroulés durant cette année cruciale pour l’Egypte. J’ai voulu aussi immortaliser tous ces héros anonymes de la révolution afin qu’ils ne tombent pas dans l’oubli. J’ai essayé de rendre au mieux les différents événements dont j’ai été témoin. Et surtout de donner à voir cette réalité telle qu’elle s’est déroulée, et non une reconstruction de cette réalité a posteriori ! L’émotion transmise par mes photos permet d’ailleurs aux lecteurs de mieux s’identifier et donc de dépasser les préjugés et les raccourcis médiatiques. Les médias occidentaux mettaient en effet l’accent sur les rôles des réseaux sociaux et se focalisaient sur celles et ceux qui en maîtrisent la technologie. On a même parlé de « révolution Facebook » ! Or, le principal acteur de cette première phase de la révolution, c’est le peuple égyptien dans toute sa diversité ! Et sans cette multitude populaire, pas de révolution !

— L’actualité est très changeante en Egypte et votre analyse s’arrête juste après l’élection de Mohamad Morsi. Comment percevez-vous les événements des dernières semaines en Egypte ?

— D’abord, je crois que la peur a changé de camp et que les Egyptiens ne sont plus prêts à se laisser manipuler. Dans un premier temps, ils ont joué le jeu et accepté de se rendre aux urnes. Ils ont élu des députés et un président qui leur ont promis le changement. Mais devant l’inertie de ces derniers, ils sont de nouveau descendus dans la rue pour demander des comptes. C’est la preuve d’une grande maturité politique !

Les événements de ces dernières semaines démontrent que le modèle de transition démocratique proposé par le Conseil suprême des forces armées a été mis en échec. Une grande partie du peuple égyptien entend bien, en effet, tenir les rênes de la démocratisation du système politique et du projet de société que cela implique.

La question de fond qui se pose aujourd’hui est celle d’un Etat de droit garant de la citoyenneté de chaque Egyptien, quelle que soit sa confession ou son appartenance politique. Ce qui implique une redéfinition de la laïcité dans un environnement musulman. Un véritable défi ! J’espère que les Egyptiens sauront le relever en dépassant le clivage manichéen — laïcs/islamistes — dans lequel on tente de les enfermer.

Place Tahrir, une révolution inachevée de Rabha Attaf, éditions Workshop19, Tunis 2012

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