éditions workshop19                                                          choisissez votre langue »

Les mécaniciens du livre, réparateurs de véhicules et moteurs culturels en panne

 

ATELIER TUNISIEN DE CRÉATION

Actualités
Mercredi Décembre 13, 2017

01
Mar 2013
PDF
Imprimer
Envoyer

par Hélène Lompech, Le Travailleur catalan, Perpignan

 

Egypte. Rabha Attaf, journaliste spécialiste du monde arabe, était à Perpignan jeudi 14 février pour une rencontre organisée par l’association Survie à la librairie Torcatis autour de son livre « Place Tahrir, une révolution inachevée ». Nous l’avons rencontrée.


Le Travailleur Catalan : Quelle a été votre démarche pour couvrir la révolution égyptienne ?
Rabha Attaf : Je connais l’Egypte depuis 30 ans et mon expérience, notamment en Algérie, m’a fait comprendre qu’on ne peut pas se débarrasser d’un régime militaire du jour au lendemain. En Egypte, il est installé depuis 1956. Une faction de cette armée, qui a procédé à l’ouverture libérale, détient les secteurs économiques stratégiques. Elle et ses alliés, des hommes d’affaire liés à des intérêts économiques internationaux, ne sont pas prêts à se laisser déposséder. Quand j’ai vu les premières images à la télé, j’ai compris qu’il allait y avoir une première vague, qui a eu lieu du 25 janvier au 11 février 2011 et qu’ensuite quand la révolution commencerait vraiment, il n’y aurait plus de journalistes sur place. J’ai choisi de témoigner de ce moment. Je me suis donc retrouvée en immersion place Tahrir après la chute de Moubarak et j’ai suivi tout le processus jusqu’à l’élection de Morsi en juin 2012.

TC : Comment s’est déroulée cette deuxième vague ?

R.A. : Après 18 jours, le 11 février, c’est la tête du système qui a été jetée en pâture. Les organisations constituées politiquement, qui avaient lancé le mouvement, ont été invitées à discuter avec le Conseil suprême des Forces Armées (CFSA). Les jeunes des milieux populaires se sont retrouvés sans encadrement. Ils ont commencé à s’organiser en comités populaires, avec une administration, une police, ce que j’appellerais « la Commune de Tahrir ». Ils ont ensuite lancé des manifestations pour poser la question de la justice sociale, qui est toujours au centre des débats. Puis on est entré dans un cercle manifestation-répression. Pendant ce temps, le CFSA a mis en place un calendrier électoral qui est une escroquerie. Il n‘a pas réformé la constitution, ne faisant voter que des amendements permettant à l’armée de garder toutes ses prérogatives. Les élections qui ont suivi ont vu la victoire des Frères Musulmans qui représentent une force réelle, organisée. Mais ils ont joué la concertation avec le CFSA qui est toujours en arrière plan, comme le Parti national démocrate, qui a des réseaux à travers tout le pays.

TC : Finalement rien n’a changé ?
R.A. : Le système est toujours une mafia militaro-affairiste. Ce qui a changé, c’est que la population n’a plus peur. Place Tahrir, j’ai vu une force et une espérance jamais vues ailleurs. Un million de personnes qui demande justice, il faut le vivre. Les idées circulent, et quand les gens n’en peuvent plus de la misère, notamment les plus jeunes qui n’ont pas de perspectives d’avenir, ils commencent à manifester et sont prêts à mourir, « ils peuvent nous tuer, on est déjà morts ». D’où le rituel tous les jours de la prière. La multitude s’est mise en marche.
Place Tahrir, les gens entraient surtout en politique, ils n’étaient plus enfermés dans le système vicieux de culture du complot et de l’émeute. Un chemin s’est ouvert. Après deux ans, ils continuent de se battre, de demander qu’il y ait une nouvelle constitution et des élections transparentes.
De plus, les villes qui bougent sont celles traditionnellement ouvrières. On a des oppositions constituées autour des bastions syndicaux. Je pense que ça va redessiner le paysage politique égyptien. Pour l’instant c’est canalisé autour de Hamdin Sabahi qui est un ancien dinosaure du système, mais d’autres alternatives pourraient émerger.

Je suis persuadée que rien n’arrête les peuples en marche. Ça prendra du temps et il y aura du sang, certains sont prêts à tuer une partie de leur population pour rester au pouvoir. Mais c’est pourquoi les gens crient « Allah Akbar ». Ça signifie Dieu est plus grand que tout, l’idée est plus grande que tout. Il y a une idée au-dessus, qui est en marche.

 

Share
 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

 

 

 

calendrier W19

December 2017
S M T W T F S
26 27 28 29 30 1 2
3 4 5 6 7 8 9
10 11 12 13 14 15 16
17 18 19 20 21 22 23
24 25 26 27 28 29 30
31 1 2 3 4 5 6

Recevez nos actualités

défaut de fabrication

pile livres