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Les mécaniciens du livre, réparateurs de véhicules et moteurs culturels en panne

 

ATELIER TUNISIEN DE CRÉATION

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Dimanche Mai 28, 2017

16
Oct 2015
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par Rabha Attaf, 14/10/2015

Durant le mois de juillet dernier, en plein jeûne de Ramadhan, des affrontements "communautaires" avaient repris à Ghardaïa, après une accalmie de quelques mois. Rabha Attaf s'est posé cette simple question : qui a intérêt à la désintégration du lien social entre les différentes populations qui composent la ville ? Se trouvant à ce moment-là dans le Sud algérien, elle s'est rendue à Ghardaïa pour en avoir le cœur net. Elle en a rapporté ce reportage, d'où il ressort que les affrontements "ethniques" de Ghardaïa dégagent une forte odeur de…gaz de schiste

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Impossible de savoir avec précision ce qui a réellement mis le feu aux poudres. En ces derniers jours de Ramadhan, Ghardaïa n'est plus que l'ombre d'elle même. La capitale du Mzab, hier florissante, porte encore les stigmates des affrontements communautaires qui ont  régulièrement enflammé  la ville et ses alentours depuis octobre 2014. En fait, depuis 2013, les vieilles rancunes entre Mozabites et populations arabes venues s'installer dans l'oasis au fil du temps sont remontées à la surface, donnant lieu à des altercations sporadiques. Mais en décembre 2014, les incidents se sont aggravés, avec l'incendie planifié de plusieurs dizaines d'habitations dans les quartiers mozabites, semant une panique généralisée. Malgré quatre mois de pourrissement, les autorités algériennes avaient brillé par leur absence.

Puis, en avril 2015, 10 000 gendarmes ont été déployés pour mettre un terme aux affrontements meurtriers. Postés tel un cordon sanitaire à l'entrée des sept ksours mozabites -villages fortifiés surplombant les autres quartiers de Ghardaïa- ils veillent, sous une chaleur caniculaire, à maintenir un calme artificiel. Les policiers, venus en renfort de l'ouest du pays, n'avaient pas réussi à mater les belligérants.  Pas étonnant : la police nationale algérienne est le premier employeur de jeunes diplômés au chômage, rapidement opérationnels après une formation sommaire. Trop jeunes et inexpérimentés, d'après des témoins, ils avaient été accusés de prendre parti contre les Mozabites et de protéger les « Cha'anba » -le nom de tribu utilisé pour désigner d'une façon lapidaire les « envahisseurs  arabes » bien que les Cha'anba soient eux aussi de souche berbère, comme les Mozabites.

Malgré ce déploiement, les affrontements ont continué crescendo jusqu'en juin, de façon sporadique -à coups de jets de pierres, de coktails Molotov, de « tire-boulons » (frondes bricolées)  et d'armes artisanales en tout genre- avec comme principaux foyer Berriane et El Guerrara, deux localités aux vastes palmeraies proches de Ghardaïa. Car très vite le conflit,  apparemment déclenché par des  bandes rivales de jeunes aux allures de «hooligans », s'est transformé en guérilla idéologique sous la pression d'agitateurs « vedettes » crachant leur venin sur les réseaux sociaux. Les noms utilisés pour désigner l'adversaire -« Ibadites » contre « Malékites », « Amazigh » contre « Arabes »- ont en effet jeté de l'huile sur le feu et fabriqué un  véritable climat d'affrontements communautaires.

Précisons que le M'zab est le fief traditionnel des Mozabites, ayant adopté le rite ibadite au VIIIème siècle. Sur les 400 000 habitants que compte Ghardaïa, ils sont 300 000, traditionnellement commerçants ou propriétaires fonciers. Mais depuis 1984, la composition sociologique de la ville -devenue capitale régionale- s'est modifiée, avec l'afflux d'Algériens venus des autres régions pour y travailler dans les complexes pétroliers ou occuper des postes d'encadrement dans l'administration qui se mettait en place. Ainsi, les Mozabites, qui forment une micro-société organisée particulièrement  puritaine et pratiquant l'entre-soi, se sont sentis envahis par ces Algériens aux mœurs trop laxistes à leur goût.

« Notre communauté est contrôlée d'une façon stricte », m'expliquait un jeune érudit mozabite rencontré dans le ksar d'El-Mlika (La Reine) qui domine la ville. « Le Conseil des 'Azzaba (conseil des Sages) veille au respect de la loi religieuse et chaque groupe est encadré. Contrairement aux Arabes, nos jeunes sont surveillés !». Et comme en écho à ce discours, des versets coraniques psalmodiés à l'unisson  par des enfants s'échappaient de la mosquée toute proche. « Le conflit ne date pas d'hier », poursuivait-il sur sa lancée. « Nous, nous sommes des commerçants travailleurs et pacifiques, établis ici depuis des siècles. Alors que les Bédouins, venus plus tard, sont connus pour être des voleurs et des fainéants ! ». Et de m'expliquer que les maisons des Arabes brûlées au sein même des quartiers mozabites le furent en représailles aux incendies criminels de maisons mozabites. Bref, une spirale de violence devenue incontrôlable.

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Ghardaïa vue du ciel

Depuis mon arrivée à Ghardaïa, j'avais en effet constaté les dégâts dans différents quartiers. Dans le souk traditionnel mozabite, des boutiques étaient entièrement calcinées tandis que d'autres sentaient encore la peinture fraîche. Même chose dans les quartiers d'habitation. Devant sa maison brûlée située en contrebas du ksar mozabite El-Mlika, un habitant encore sous le choc m'interpella. « Ce sont mes voisins mozabites qui ont mis le feu », m'expliqua-t-il. « Je ne comprend pas pourquoi...Ils étaient devenus fous ! ». Mais pas question pour lui de partir,  contrairement à d'autres victimes qui se sont  réfugiées loin des fiefs mozabites.À El Mlika, les traces d'incendie ont été effacées et les stèles du petit cimetière de Sidi Aïssa, saccagé lors du déclenchement des hostilités fin 2014, remises à leur place. La première victime mozabite est morte non loin de là, lynchée par une bande de jeunes en furie, comme en atteste une vidéo amateur visionnée sur place. Fait troublant : les jeunes étaient accompagnés d'adultes encagoulés qui semblaient les encadrer... D'autres vidéos ont inondé les réseaux sociaux, et notamment des discours stigmatisant les Ibadites. Tels ceux diffusés par Ahmed Saklab, un prêcheur du dimanche qui n'hésite pas à publiquement  « excommunier » les Mozabites en les amalgamant aux Chi'ites  !

« Tout cet emballement sur les réseaux sociaux est complètement fou », s'offusque Bouamer Bouhafez, un ingénieur à la retraite, président de la Fondation des Cha'anbas. « En ce qui nous concerne, nous avons toujours considéré que nous étions victimes d'éléments échappant au contrôle de la 'Azzaba. Mais nous constatons finalement que les Mozabites ont tracé des frontières hermétiques autour de leur quartiers en déguerpissant les autres Algériens. Il n'y a pas que des Cha'anbas à Ghardaïa. Les 48 willayas (préfectures) d'Algérie y sont représentées, y compris des Chaouis et des Kabyles. » Et de m'expliquer comment les Mozabites, perchés dans leurs ksour, avaient l'avantage sur le terrain et propulsaient des pneus enflammés vers les quartiers en contrebas. Ceci dit, comme mes autres interlocuteurs, il a été incapable de m'indiquer ce qui avait déclenché les affrontements, se contentant de m'informer avoir demandé aux autorités de rendre publics les rapports de police. Une requête restée jusque-là sans suite !

« Ce qui m'a intriguée quand je suis venue avec la commission d'enquête de la Ligue, en janvier dernier, c'est que des caméras étaient encore fixées sur les gouttières de certaines maisons mozabites », me confia Farida Ouarghlissi, membre du comité directeur de la Ligue algérienne de défense des droits humains (LADDH). « On nous a aussi signalé des hommes masqués non identifiés au milieu des jeunes !» Originaire de Ghardaïa, cette femme discrète devenue, au fil de vingt longues années de combat, la figure de proue de la Coordination nationale des familles de disparus en Algérie, n'est pas du genre à se laisser influencer. « C'est vrai que les « Arabes » ne contrôlent pas leurs jeunes, mais il existe aussi chez les Mozabites une faction séparatiste qui ne reconnaît pas l'autorité des anciens et du Conseil ! »

http://tlaxcala-int.org/upload/gal_11834.jpgEffectivement, depuis le début des affrontements à Ghardaïa, un nom circule. Celui de Kamaleddine Fekhar, un activiste particulièrement virulent qui, après s'être fait virer de la LADDH et du Front des Forces Socialistes du fait de ses positions extrémistes-  s'est rapproché du MAK, le mouvement séparatiste kabyle. Sur sa page Facebook aux couleurs du drapeau du Congrès mondial amazigh, Kamaleddine Fekhar continuait, en ce début juillet, à plaquer ses fantasmes sur la réalité par une lecture ethnique du conflit, n'hésitant pas à parler de génocide mené par les Arabes Cha'anba contre les Mozabites et en appelant à une intervention étrangère... dans une lettre adressée à Ban Ki Moon !

De quoi susciter un post virulent d'Ahmed Ben Naoum , professeur d'anthropologie à l'Université de Perpignan et ancien directeur du Centre national de recherches anthropologiques et historiques d'Alger. « «Je veux être poli et ne pas hurler à cause des énormités racistes qui sont diffusées dans les médias! (…) Les Cha’anba -et non selon la prononciation française ‘‘ChaMba’’- ne sont pas des ‘‘Arabes’’. Le dire constitue, au mieux, une erreur due à l’ignorance, au pire, un mensonge consciemment construit et diffusé en vue de ‘‘nuire’’ », écrivait-il sur sa page Facebook. «Les Cha’anba font partie de la majorité zénète de ce pays. Ils n’ont aucun mythe fondateur les rattachant aux ‘‘Arabes’’ ! Eux-mêmes ont été arabisés comme l’ont été les autres Zénètes, sauf à dire qu’ils expriment leur culture dans une des langues arabes qu’ils ont largement ‘‘zénétisée’’ dans la morphologie et la syntaxe.» (…). Les Ibadhites parlent la langue des Zénètes ET l’arabe des Zénètes. Ils ont toujours été parfaitement bilingues et ont toujours été instruits en arabe. C’est un fait et les faits sont têtus ! »

En ce mois de jeûne de Ramadhan donc, qui avait stoppé pour un temps -trêve sacrée oblige- les ardeurs guerrières des deux camps, Ghardaïa pansait ses plaies. Mais c'était compter sans ces pyromanes tapis dans l'ombre qui, le soir du 4 juillet dernier, veille de la fête nationale marquant l'indépendance de l'Algérie -et deux jours après la visite du ministre de l'Intérieur pour une tentative de conciliation- allumèrent une fois de plus le feu. D'abord à El-Guerrara, où un cordon de la gendarmerie posté sur la route nationale servant de « frontière » entre les quartiers mozabite et arabe, était pourtant sur le pied de guerre. Était-ce un signal de reprise des hostilités ? Le fait est que simultanément, des affrontements ont eu lieu aussi à Berianne et Ghardaïa. Mais cette fois, les armes ont parlé ! Bilan au bout d'une semaine de confrontation : au moins 24 morts et  plus de 200 blessés.

Dès lors, ce qui devait arriver arriva ! Au lendemain du 8 juillet, journée particulièrement sanglante durant laquelle les brigades antiémeutes -pourtant bien entraînées- ont eu du mal à maîtriser la rue, l'armée s'est déployée. L'ordre militaire règne désormais à Ghardaïa  ! Avec, bien sûr, un couvre-feu sur toute la région ! Et dans la foulée, une trentaine d'agitateurs et de casseurs ont été arrêtés, dont Kamaleddine Fekhar et 24 de ses compagnons. Ils  ont gonflé l'effectif des détenus inculpés pour les mêmes faits, et dont certains attendent leur procès depuis un an. Parmi eux, Abderrahmane Salmi, un jeune père de famille accusé de saccage et de vol. Son frère Djelloul est pourtant formel :  Abderrahmane était en train de déménager ce qui restait de ses biens. Seule « preuve » au dossier : un photo montrant Abderrahmane en train de charger sa voiture devant sa maison ! « Des voisins mozabites ont déposé plainte contre mon frère », m'expliquait amèrement Djelloul. « Il n'y a pas eu d'enquête ni de confrontation !» Bref, il semblerait que profitant de  la confusion, des voisins malveillants aient réglés leurs comptes !

Les affrontements de Ghardaïa viennent se greffer sur une situation déjà très sensible dans le Sahara algérien. Depuis plusieurs années, le climat social s'est particulièrement dégradé et on assiste à une vraie rupture entre les populations du Sud et les autorités algériennes. La fièvre de la spéculation foncière s'est emparée de toute l'Algérie et les régions du Sahara n'y échappent pas. La pression des réseaux de corruption est telle que de nouveaux quartiers ont poussé comme des champignons autour des villes, dont un certain nombre demeurent pourtant inhabités ! Une vraie mafia du foncier -en cheville évidemment avec des « ripoux»  de l'administration locale- qui n'hésite pas à s'accaparer de terres agricoles ! Et pour couronner le tout, ces chantiers confiés à des entreprises chinoises qui apportent  leur main d'œuvre avec elles, ne fournissent pas d'emploi aux jeunes Algériens. Ces derniers  souffrent pourtant d'un chômage chronique, qu'ils soient diplômés ou non ! Et dans le Sud, les seules secteurs susceptibles de fournir du travail  sont le BTP ou les plates-formes pétro-gazières !

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Sit-in de chômeurs à Ouargla

Pas étonnant donc que, depuis 2010,  un mouvement des chômeurs diplômés particulièrement mobilisateur se soit constitué en Algérie. Initialement créé dans les villes du Sud (Ouargla, Ghardaïa, Bechar, Oued Souf, Adrar, El Baïad), il a fait rapidement tache d'huile vers le nord du pays, principalement à  Batna, Annaba, et Chlef. Indépendamment de Tahar Bellabas, leader très médiatisé basé à Ouargla, les principaux animateurs de ce mouvement se trouvent à Metlili, à 100 km au sud de Ghardaïa. Je me suis donc rendue à leur rencontre.

« On a d'abord commencé par un comité de la jeunesse de Metlili », me raconte d'emblée Abdelsalam Hamdane. « Nous avons réuni des chômeurs diplômés et organisé des groupe de discussion et d'action. Ensuite, nous avons contacté d'autres comités existant dans différentes ville d'Algérie pour organiser un grand rassemblement des chômeurs à Alger, le 2 mai 2012. Alger est le passage obligé de la médiatisation ! ». Âgé de 32 ans, il est au chômage depuis 10 ans, malgré son diplôme de droit. « Ce fut un vrai succès ! », renchérit Mehdi Arouzi, 30 ans, ingénieur en génie civil au chômage depuis 3 ans. « Nous avons développé une organisation, grâce aux réseaux sociaux, et élargi notre champ d'action. Bien sûr, nous n'avons pas cessé de mener des sit-in hebdomadaires durant ces dernières années, et le 14 mai 2015, nous avons organisé une grande manifestation à Ghardaïa. 5000 personnes avaient répondu à notre appel, toutes appartenances confondues. Parallèlement, nous dealions avec l'administration pour obtenir des contingents d'emplois. »

Le retour de bâton ne se fit donc pas attendre. Bravant le monopole historique du FLN sur la région, le comité des chômeurs de Metlili avait aussi osé présenter des candidats aux dernières élections municipales, obtenant 3 sièges grâce à sa campagne d'inscription des jeunes sur les listes électorales. Pire : durant leurs manifestations, ils ont été  les premiers à brandir des banderoles contre l'exploitation du gaz de schiste.  Une ligne rouge à ne pas franchir ! Dès lors, ses militants furent accusés de tous les maux, et en particulier celui de pousser à la partition du pays entre le Nord et le Sud ! « Ils prétendent que le gaz de schiste va nous donner des emplois ! », poursuivait Mehdi. «Mais ils oublient que nous sommes à l'ère d'internet et que nous avons toutes les information sur la catastrophe écologique à venir. Nous sommes donc allés soutenir les habitants d'In Salah !»

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In Salah ? Durant des mois, toute la population de cette ville située à 1200 km d'Alger a manifesté quotidiennement contre  l'exploitation du gaz de schiste. Le 27 décembre 2014, Youcef Yousfi, ministre algérien de l'Énergie et des Mines, s'était rendu dans le bassin d'Ahnet pour saluer le forage du premier puits pilote de gaz de schiste par la Sonatrach, la compagnie nationale. C'est là que se situe le PK35, considéré comme le plus grand champ gazier du pays. Au total, 7 bassins d'exploitation ont été identifiés, l'Algérie étant classée par l'Agence US de l'énergie au 3ème rang mondial des gisements en gaz de schiste, avec un potentiel estimé à 707 TCB (billions de pieds cube).

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Quatre jours après la visite du ministre, des habitants d'In Salah bloquèrent la RN1 qui mène au puits  expérimental de Gour Mahmoud, situé à une trentaine de kilomètres de la ville. Personne ne s'y attendait tant les populations du Sud passent pour être particulièrement paisibles. Mais cette fois, la fracturation hydraulique, utilisée pour extraire le gaz de schiste -et les risques de contamination de l'eau ou d'épuisement des nappes phréatiques- a été perçue comme étant « un enjeu de vie ou de mort » par ces habitants respectueux du fragile écosystème saharien. Leur principale ressource est l'agriculture, dans une zone particulièrement aride. Alors pour eux, l'exploitation du gaz de schiste est synonyme d'une dévastation de leur territoire. De plus, les expérimentations nucléaires françaises à Reggane, dans les années 60, sont encore dans les esprits ! Et ce d'autant que 8 multinationales sont implantées dans le bassin d'Ahnet, dont trois françaises : Total, GDF-Suez et Schlumberger.

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Très vite, le mouvement de contestation -fortement relayé par les réseaux sociaux et la presse algérienne- a touché d'autres localités du sud avant de remonter vers le nord de l'Algérie, y compris la capitale. Et le 24 février 2015, jour de mobilisation nationale, la répression s'est abattue sur les manifestants. Le jour même, le président Abdelaziz Bouteflika avait qualifié le gaz de schiste de « don de Dieu », en réponse au moratoire demandé par le mouvement citoyen. Quelques jours plus tard, le 28 février, In Salah puis Tamanrasset furent le théâtre de violentes émeutes, à la suite d'une manifestation sévèrement réprimée sur une base de vie de la compagnie US Halliburton, à 6 km d'In Salah. Les manifestants étaient venus protester contre la fracturation hydraulique programmée après le forage d'un deuxième puits. Lieu symbolique de la contestation anti-gaz de schiste, la place Somoud (de la Résistance, en fait l'esplanade située près du siège de la sous-préfecture rebaptisée) où se tenaient les rassemblements quotidiens depuis 62 jours a été saccagée par la gendarmerie et de nombreux manifestants furent interpellés.

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Le 3 mars 2015, le général-major Ammar Athamnia, chef de la 6ème région militaire, se rendait  sur place, « conformément aux instructions  du Haut Commandement », pour une mission d'apaisement. Les représentants des contestataires reçurent l’assurance de l’officier supérieur de l’armée qu'ils pourraient continuer à manifester pacifiquement sans intervention de la police et de la gendarmerie. À condition, évidemment, que les manifestants s'engagent à ne pas s’en prendre aux installations gazières et pétrolières, ainsi qu’aux sièges des entreprises multinationales opérant dans la zone. Pour l'heure donc, le statu quo est toujours de mise et des sit-in « symboliques » continuent sur la place Somoud, malgré la chaleur caniculaire...

Dans ce contexte, les affrontements de Ghardaïa ne sont pas fortuits. « Nous sommes convaincus  que pour endiguer les mouvements sociaux, et en particulier la contestation contre l'exploitation du gaz de schiste, les autorités ont besoin d'un levier pour militariser le Sud algérien. », concluait Mehdi. « Ghardaïa, de par sa composition sociologique, est un laboratoire en la matière. Ici, en effet, tous les ingrédients sont réunis pour attiser des tensions. » Certes, mais  indépendamment de l'afflux de nouvelles populations, la région connaît des soubresauts liés aux énormes intérêts qui agitent la zone. Intérêts miniers, gaziers, pétroliers et surtout nouveaux intérêts liés aux projets d’extraction du gaz de schiste.  Sans oublier le fait que Ghardaïa est un carrefour des routes sahariennes, c'est-à-dire une plaque tournante des trafics de marchandises, de drogue, d'armes et de migrants. Bref, un cocktail explosif que la lecture des événements en terme « d'affrontements communautaires » ne saurait démêler.

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 Photos des manifestations contre le gaz de schiste à In Salah: Nejma Rondeleux

 

Mots-clé:Algérie  M'zab  Mouvements sociaux  Comités de chômeurs  In Salah  Gaz de schiste  Tribalisme  

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