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Les mécaniciens du livre, réparateurs de véhicules et moteurs culturels en panne

 

ATELIER TUNISIEN DE CRÉATION

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Jeudi Juillet 20, 2017

Le mot de l'éditeur
25
Ao 2013
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Écrit par W19

"Je crois que nous ne devrions lire que des livres qui vous piquent et vous mordent. Si le livre que nous lisons ne nous donne pas un grand coup de poing sur la tête pour nous réveiller, pourquoi lire ce livre ? Parce que son écriture vous rend heureux ? Mon Dieu, nous pourrions aussi être heureux sans livres, et nous pourrions à la rigueur écrire nous-mêmes des livres qui nous rendent heureux. Mais ce dont nous avons besoin, ce sont de livres qui nous atteignent comme un malheur, comme la mort de quelqu’un qui nous est plus cher que nous-mêmes, comme un bannissement au fond des forêts, loin de tout être humain, comme un suicide. Un livre doit être la hache qui brise la banquise au fond de nous. C’est ce que je crois."

Lettre de Kafka à son ami Oskar Pollak en 1904, cité par Alberto Manguel dans Une histoire de la lecture,  p.118, Babel

 

Avec la publication de leur premier livre en arabe, les éditions workshop19 abordent le deuxième chapitre de leur jeune histoire. Après plusieurs mois de recherches, de lectures et d'échanges, nous avons choisi de commencer notre activité d'éditeurs arabophones en publiant un recueil de dix histoires courtes de Farouk Ferchichi, un jeune ingénieur et blogueur qui écrit principalement en arabe littéraire, tout en injectant de l'arabe dialectal tunisien dans les dialogues de ses personnages.
Ce recueil, intitulé "Passer la ligne", est susceptible de marquer le début d'une nouvelle époque de la littérature tunisienne de langue arabe, celle de l'après-dictature qui n'est pas encore la démocratie. Dans une société en ébullition, qui cherche son chemin, la littérature écrite a son rôle à jouer.
Tout d'abord un rôle de miroir, en renvoyant la société une image d'elle-même qui amène les lecteurs à s'interroger et à réfléchir à partir de la surprise, de l'amusement, de l'étonnement, du "shocking" suscités par la lecture.
Ensuite un rôle de "tour operator", emmenant le lecteur dans un voyage aux étapes inattendues, imprévues, au cours desquelles il ou elle se découvrira lui ou elle-même à partir d'un fait, d'une description, d'une péripétie, d'un personnage, bref un détail du récit né de l'imagination de l'auteur.

Puis un rôle de multiplicateur de vies. En lisant les aventures de personnages imaginaires, je peux m'identifier à eux, me mettre à leur place, rêver de la prendre, bref envisager moi-même de changer de vie.

Enfin, un rôle de catalyseur. Tout écrivant est d'abord un lecteur. C'est avant tout en lisant qu'on ressent l'envie d'écrire. Nous espérons donc que des nouveaux et nouvelles auteur-es apparaîtront parmi les lecteurs et lectrices qui auront été "mordu-es et piqué-es" par la lecture des histoires de Farouk Ferchichi. Nous sommes à leur disposition.

FG/RBF, 16/8/2013

 


 

Mots-clé:Farouk Ferchichi  Littérature arabe  Tunisie  

 
30
Oct 2012
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Fausto Giudice, Tunis, 21 octobre 2012 - Ça y est, workshop19 existe ! Il aura fallu un an pour que ce projet devienne une réalité, avec la publication de notre premier livre. La réalisation de ce projet a coûté beaucoup de sang, de larmes et de sueur, mais nous y sommes arrivés. Paraphrasant Napoléon, on pourrait dire : " المستحيل موش كلمة تونسية " [al mosta7il mouch kilma tounssiya-Impossible n'est pas un mot tunisien].

Le 5 janvier 2011, alors que je vivais encore en France, j'ai su que Ben Ali n'en avait plus pour longtemps, lorsque j'ai appris qu'au lendemain de la mort de Mohamed Bouazizi, date de la rentrée scolaire et universitaire, les élèves et étudiants se mettaient en grève aux quatre coins du pays. Je me suis donc préparé à retourner dans le pays où j'avais grandi, et où je n'avais pu mettre les pieds durant les 23 ans de la dictature.

 En revenant à Tunis, j'ai découvert au fil des mois une société en pleine effervescence et atteinte de graves maladies. Parmi ces maladies, la plus sérieuse me paraît être l'ignorance. Une ignorance cultivée et entretenue par le pouvoir pendant des décennies.

 Le livre est un des outils permettant de combattre l'ignorance. Le grand poète espagnol Federico García Lorca a exprimé cela mieux que je ne le saurais faire. Voici ce qu'il déclara dans son discours d’inauguration de la bibliothèque publique de sa ville natale, Fuente de Vaqueros (Grenade) en septembre 1931 :

Un demi-pain et un livre

Quand quelqu’un va au théâtre, à un concert ou à une fête quelle qu’elle soit, si le spectacle lui plaît il évoque tout de suite ses spectacle qu’avec une légère mélancolie. C’est cette mélancolie que je ressens, non pour les membres de ma famille, ce qui serait mesquin, mais pour tous les êtres qui, par manque de moyens et à cause de leur propre malheur ne profitent pas du suprême bien qu’est la beauté, la beauté qui est vie, bonté, sérénité et passion.

C’est pour cela que je n’ai jamais de livres. A peine en ai-je acheté un, que je l’offre. J’en ai donné une infinité. Et c’est pour cela que c’est un honneur pour moi d’être ici, heureux d’inaugurer cette bibliothèque du peuple, la première sûrement de toute la province de Grenade.

L’homme ne vit pas que de pain. Moi, si j’avais faim et me trouvais démuni dans la rue, je ne demanderais pas un pain mais un demi-pain et un livre. Et depuis ce lieu où nous sommes, j’attaque violemment ceux qui ne parlent que revendications économiques sans jamais parler de revendications culturelles : ce sont celles-ci que les peuples réclament à grands cris. Que tous les hommes mangent est une bonne chose, mais il faut que tous les hommes accèdent au savoir, qu’ils profitent de tous les fruits de l’esprit humain car le contraire reviendrait à les transformer en machines au service de l’État, à les transformer en esclaves d’une terrible organisation sociale.

J’ai beaucoup plus de peine pour un homme qui veut accéder au savoir et ne le peut pas que pour un homme qui a faim. Parce qu’un homme qui a faim peut calmer facilement sa faim avec un morceau de pain ou des fruits. Mais un homme qui a soif d’apprendre et n’en a pas les moyens souffre d’une terrible agonie parce que c’est de livres, de livres, de beaucoup de livres dont il a besoin, et où sont ces livres ?

Des livres ! Des livres ! Voilà un mot magique qui équivaut à clamer : « Amour, amour », et que devraient demander les peuples tout comme ils demandent du pain ou désirent la pluie pour leur semis.

Quand le célèbre écrivain russe Fédor Dostoïevski - père de la révolution russe bien davantage que Lénine - était prisonnier en Sibérie, retranché du monde, entre quatre murs, cerné par les plaines désolées, enneigées, il demandait secours par courrier à sa famille éloignée, ne disant que : « Envoyez-moi des livres, des livres, beaucoup de livres pour que mon âme ne meure pas ! ». Il avait froid ; ne demandait pas le feu, il avait une terrible soif, ne demandait pas d’eau, il demandait des livres, c’est-à-dire des horizons, c’est-à-dire des marches pour gravir la cime de l’esprit et du cœur. Parce que l’agonie physique, - biologique, naturelle d’un corps, à cause de la faim, de la soif ou du froid, dure peu, très peu, mais l’agonie de l’âme insatisfaite dure toute la vie.

Le grand Menéndez Pidal - l’un des véritables plus grands sages d’Europe -, l’a déjà dit : « La devise de la République doit être la culture ». la culture, parce que ce n’est qu’à travers elle que peuvent se résoudre les problèmes auxquels se confronte aujourd’hui le peuple plein de foi mais privé de lumière.

 

 

 


 

 

 

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